Comment dit-on "Oui, non" ?


Il y a deux manières de dire oui : et . Elles sont également valables sauf dans le cas d'une opposition oui / non ou le doit impérativement être employé.
Il y a un seul non : . Il peut être renforcé en innò pour insister.

: "Deux noms pour un oui"

(...) La langue (corse) dispose de deux termes servant à exprimer l'accord.
Différentes par l'étymologie, et remplissant à l'origine des fonctions voisines mais non identiques, ces formes sont peu à peu entrées en concurrence, jusqu'à paraître s'opposer, de part et d'autre d'une fracture sociale. Je veux parler, on l'a deviné, de et de .
Le premier de ces termes vient du latin sic et occupe, comme adverbe d'affirmation, les domaines italien, espagnol et portuguais. On dit de l'Adriatique à l'Atlantique, et par conséquent sur les deux rives de cet océan. On le dit aussi en français, bien que pour un usage plus limité : celui de la réponse affirmative à une interrogation négative ("Vous n'êtes pas venu dimanche ? - Si, je suis venu"). Bref, c'est là un mot de très large expansion géographique qui, bien entendu, est présent dans le corse où il joue différents rôles, particulièrement importants. Voyons lesquels.
D'abors, marque l'affirmation, à l'exception de ou de façon concomitante, pour une part considérable de la population. Les citadins, les paysans en majorité l'utilisaient à l'ordinaire (et pas seulement les hobereaux, (...)). Ensuite, et ceci est capital, est seul employé quand on établit l'opposition ou l'alternative oui/non. C'est l'interrogation sì o nò ?, ou encore o sì o nò ? qui met en demeure de répondre clairement. A cet égard risibles sont, de nos jours, certains bulletins de réponse tout préparés, où l'on vous invite à cocher une case et où l'une des menstions est en opposition à ....
Passons à , notre second adverbe d'affirmation. Venu de l'ancien toscan gli è, lui même issu du bas latin ille est, il n'est à l'origine qu'une petite phrase de confirmation donnée à l'interlocuteur. Sa valeur première est celle de "cela est" (sous-entendu : "comme tu dis"). Devenu un substitut de - un peu à la façon dont en français, "absolument" et "tout à fait" tendraient aujourd'hui à se subsituer à "oui" - il devait tardivement susciter une réaction puriste, doublée d'une implication sociale à laquelle les conflits passés entre bergers transhumants et villageois sédentaires ne sont pas étrangers.
Les usagers de , toutefois, lui gardèrent toute sa vitalité. Jusqu'à ce que d'imaginatifs dilettantes aient prétendu en faire un ténébreux brevet d'identité, en alléguant à son sujet les langues celtes, germaniques, indiennes et que sais-je encore. Présent dans les expressions où ne saurait en aucun cas le remplacer, telles que ié, ié !, "allons donc !" ou ié chì ... (marquant l'incrédulité), le mot est employé par l'ensemble des locuteurs, toutes catégories sociales confondues.
Mais le passe-partout et intolérant, arboré comme le correspondant exclusif du "oui" français dans tous les emplois de ce dernier, n'est pas, lui, né de l'usage populaire. Il s'agit en effet d'un élément rapporté, pour la fabrication d'une "langue" prétextuelle, simple instrument à des fins diverses. (...)

 
dans Corse-Matin

(adverbe) : oui. Vient du latin "sic", ainsi, de cette manière (proprement, "c'est ainsi, c'est comme tu le dis"). Employé pour exprimer poliment l'affirmation, il prend la forme respectueuse gnorsi (Signore sì) : Oui, mon seigneur. La forme plus familière et plus couramment utilisée de l'affirmation est qui procède du latin "hic", ce, cela, renforcé par l'adjonction du pronom personnel eu (eiu), je (latin ego). peut ainsi être rapproché du français oui composé de l'ancien français "o", ce cela (italien hoc) renforcé par le pronom personnel il. *
Pris isolément, et peuvent donc et sont l'un et l'autre employés indifféremment. Par contre, seul le premier, c'est-à-dire , antinomique de la négation , est utilisé dans les locutions adverbiales telles di sì, "de oui", qui marque l'accord, l'acceptation en général sur une idée, un engagement moral (état), chè sì (ou cà sì), "qui oui", marquant l'accord, l'acceptation, la promesse de faire (action), ma sì, mais oui, bien sûr, certainement.

* : Sur l'origine de , bien malin celui qui dénouera l'écheveau ...

Adverbe
Dire oui / non. Dì di sì / nò.
J'ai dit oui / non. Aghju dettu di sì / nò.
Moi, il me semble que oui / non ! À mè, mi pare di sì / nò !
Moi oui / non ! Eiu sì / nò !
Toi oui mais eux non ! Tù sì ma elli nò !
Mais oui ! Ma sì !
Comme ça, oui ! Cusì sì !
Je n'aime pas les oui et les mais. Ùn mi piàcenu i sì è i ma.
Ah il est beau (oui), celui-là ! Quessu sì ch'hè bellu !
Mon père (pour ça oui) c'est un homme de parole ! Babbu sì ch'hè un omu di parolla !
Nous espèrons que non. Spiremu di nò.
Oui, on a fini par me laisser partir. Iè, m'hanu puru cappiatu.
C'est vrai ou pas ? Hè vera o nò ?
- Monsieur le curé, la messe est dite ?
- Oui mais je ne vous y ai pas vu !
- O sgiò piuvà hè detta a messa ?
- Iè, ma ùn ci vi aghju vistu !
- Et de la farine de châtaigne, tu en as ?
- Celle-là non.
- È farina piscticcina, ne hai ?
- Quella po nò.
- L'as-tu goûté le jambon ?
- Non, je ne l'ai pas goûté.
- Oui, je l'ai goûté.
- L'hai tastatu u prisuttu ?
- Innò, ùn l'aghju micca tastatu.
- Iè, l'aghju tastatu.
- La Corse, l'avez-vous parcourue ?
- Non, nous ne l'avons guère parcourue.
- A Còrsica, l'avete girata ?
- Innò, ùn l'emu girata tantu.
- Et des disque en avez-vous ?
- Non, mais je ne tarderai guère à m'en acheter quelques uns.
- È dischi, n'avete ?
- Innò, ma ùn staraghju tantu à cumpràmmine qualchiduni.
- Celui qui habitait au Maroc ?
- Non, son frère.
- Quellu chì stava à u Maroccu ?
- Innò, u fratellu.
Il a demandé ma fille en mariage et j'ai dit oui. Hà dumandatu a me figliola in matrimoniu è l'aghju dettu di sì.
Dis-lui oui, puis tu feras comme bon te semble. Dilli di sì è poi farai cum'ella ti pare.
Faire une promesse en l'air. Dì di sì è fà di nò.
- Maman, père demande si le dîner est prêt.
- Oui mon petit, tu peux lui dire que oui.
- O mà ! Babbu dumanda sì a cena hè pronta.
- Iè o ciù ! Dilli puru chè sì.
Nom
Pour un oui ou pour un non. Per un sì o per un nò.
Savoir le oui et le non. Sapè u chì è u chè = Sapè u chè è u perchè.

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