L'évolution des langues


D'où vient le corse ?

Le corse fait partie des langues romanes, issues du latin. C'est-à-dire que les mots et noms corses sont majoritairement dérivés du latin populaire. Il possède également ce que l'on appelle un fond pré-latin (ou substrat), ce qui signifie qu'il existe nombre de mots ou de noms qui dérivent de mots préexistants à l'arrivée du latin en Corse (ce phénomène est souvent plus visible en toponymie). Plusieurs théories s'affrontent pour savoir si le corse descend directement du latin, ou du vieux toscan ou de l'italien. L'objet du site étant l'apprentissage de la langue actuelle, je ne rentre pas dans ces débats de spécialistes souvent plus ou moins teintés d'arrière-pensées politiques inavouées. En conséquence, compte tenu de l'objectif que je me fixe, il est préférable pour moi d'essayer de rester au dessus de la mêlée (en tout cas en dehors).

De l'évolution des langues en général et du corse en particulier.

« C'est en vain que nos Josué littéraires crient
à la langue de s'arrêter ;
les langues ni le soleil ne s'arrêtent plus.
Le jour où elles se fixent, c'est qu'elles meurent. »
Victor HUGO

Toutes les langues évoluent, que ce soit du point de vue du vocabulaire, de la grammaire, de l'écriture, de la prononciation, ...

Il est de fait que les langues évoluent et c'est non seulement naturel mais essentiel, voire vital. Elles le font d'autant plus vite aujourd'hui avec les moyens technologiques modernes, en empruntant des mots aux langages dominants (l'anglais ou l'américain pour à peu près tout le monde, le français pour le corse,...). Le monde évolue et il nous arrive chaque jour des technologies nouvelles qu'il faut bien baptiser. Comment ? La plupart du temps, les nouveaux vocables sont imposés de fait par l'inventeur ou par la langue dominante (qui est de nos jours l'anglais mais qui fut longtemps le français). Qui n'a pas entendu dire que le français d'aujourd'hui n'est qu'une version abâtardie de celui que l'on pratiquait il y a vingt ans, ou trente ou quarante ou cent selon le dégré de 'pureté' que l'on entend lui donner ?

L'évolution lexicale

L'évolution lexicale est connue de tous : régulièrement, les médias nous abreuvent des mots qui entrent ou sortent des dictionnaires. Des expressions tombent en désuètude (plus personne ne dit "peu me chaut"; on dit "peu m'importe" ou même "je m'en fouts"), d'autres sont oubliées parce que issues de techniques disparues (qui sait ce qu'était une bricole ? *). Et de nouvelles apparaissent (qui disparaissent d'ailleurs parfois dans la foulée !) liées le plus souvent aux nouvelles technologies.
S'il parait naturel d'intégrer dans une langue des mots n'ayant pas d'équivalent naturel dans une langue (scanner, pizza, ...), autant cet emprunt a un sens lorsqu'il s'agit de créations, autant il n'en a pas quand il existe déjà un mot. On entend de plus en plus en Corse : buatta (au lieu de scàtula [boîte]), lappinu (au lieu de cunìgliulu [lapin]), orosamente (au lieu de ancu assai [heureusement]), pigione (au lieu de culombu [pigeon]) etc ... qui sont des emprunts directs au français aussi inutiles que ridicules. Etrangement, le français emprunte beaucoup à l'anglais, et le corse au français ! A tout prendre, le corse ferait mieux de faire ses emprunts à l'italien !
Il suffit de lire un dictionnaire étymologique français pour voir que les mots actuels ont été créés tout au long du passé au fur et à mesure des besoins. Parfois (souvent) en revenant à une source latine ; ce qui fait que parfois deux mots issus du même mot latin sont très différents parce que le premier fait parti de ce que l'on appelle le fond primitif et le second est un emprunt plus récent et que le premier a donc évolué et s'est éloigné de sa source. Ainsi, la chèvre est un caprin, le boeuf un bovidé. Ce frêle enfant est fragile et je l'emmene de l'hôtel à l'hôpital. Il faut noter que l'étymologie des mots du fond primitif est souvent masquée par l'évolution phonétique. D'où l'intérêt pour les sciences telles que l'étymologie, la phonétique historique, l'étude comparative des langues issues d'une même origine.

* : sorte de corde utilisée par les colporteurs de toutes sortes (aiguiseurs de couteaux, chirurgiens-barbiers, ...) pour tirer leur cariole.

L'évolution de la grammaire

Un exemple bien connu en français : l'emploi du subjonctif imparfait qui était d'usage avant le XXe siècle et qui a aujourd'hui quasiment disparu du langage courant (à ce sujet, voir Le subjonctif). Il est à craindre que, le phénomène de calque sur le français aidant, cela n'arrive en corse, et très rapidement.

L'évolution de l'écriture

Le corse, comme toutes les langues romanes a hérité de l'alphabet latin. Mais le corse a évolué et de fait, cet alphabet n'est plus adapté. C'est d'ailleurs le cas pour la plupart des langues qui sont obligées de créer des signes particuliers (le "sz" -sorte de beta- allemand, le tilde espagnol, la cédille, les signes diacritiques des langues nordiques, ...) pour adapter leur écriture à l'oral. Certains sons ont évolué en corse : l'occhio italien (['ɔkkjo]) est devenu ochju en corse (['otju]), et giorno italien ([ʤ'orno]) est devenu ghjornu en corse ([dj'ɔrnu]). Les sons dyè et tyè ont dû être graphiés : il y avait trois possibilités : créer de nouvelles lettres (comme le sz allemand - c'est ce qu'ont tenté de faire sans succès P.Marchetti et D.A. Gerònimi), modifier des lettres existantes (comme la cédille) ou créer un conglomérat de lettres (comme le ph et le ch français). Après bien des tergiversations, c'est le dernier choix qui a été fait, et tant mieux ! C'est celui qui reste le plus proche de la graphie des mots originels ! Et avec un tout petit peu d'entrainement, il n'y a aucune difficulté de lecture !

L'évolution de la prononciation

La prononciation des lettres d'un mot peuvent changer au fil du temps. Par exemple, en français la prononciation de lundi en lindi, de emprunt en emprin ... lait se prononce comme , etc ... etc ...

Ces phénomènes ont été étudiés et les spécialistes en ont déduit des lois assez largement répandues et voir la phonétique historique. Ces phénomènes touchent différemment des groupes de populations géographiquement séparés, ce qui fait que les langues évoluent de manière différente. Le corse possède une particularité intéressante qui est le phénomène de mutation consonantique.
L'étude de l'étymologie montre comment un mot évolue dans une langue au court du temps, et cela en suivant des lois à peu près universelles (pour le groupe des langues romanes en tout cas).

Ces exemples montrent que le corse reproduit, mais de manière dynamique (les consonnes concernées ont deux réalisations), ces mutations qui sont statiques ailleurs (la mutation s'est ou ne s'est pas produite, mais de manière définitive).

Les risques encourus par une langue.

Pour ce qui concerne la langue corse, le plus inquiétant est ce que Pascal Marchetti appelle le phénomène du calque : le corse se parle de plus en plus en utilisant les tournures de phrase françaises et non corses ... Là est certainement le vrai danger de voir la langue disparaître.

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