Les tournures idiomatiques du corse -
L'infrasature idiomàtiche di u corsu


Les idiomatismes du corse ...

Ce sont (entre autres) ces tournures qu'il faut bien maîtriser car elles sont l'essence même du génie du corse.

Je vais faire ...
Il faut ...
On
Aimer
Avoir mal
Avoir faim, froid, ...
Il fait froid, ...
Il y a ...
C'est ...
Allons !
Forme explÚtive de la préposition "à"
Tournures avec la préposition "di"
Il parait
Au milieu de ...
Quelques, un peu de ...
L'emploi du pronom personnel faible
Le neutre
Les adjectifs composés
La place du sujet
La répétition du sujet ou/et du verbe
Tournures avec le verbe Vene
Le suffixe euphonique "ne"
Pour ce qui est de ...
L'impÚratif précédé de "è" ...
Les corsicismes

La traduction de "aller + infinitif"

Se traduit par : "avè da + verbe à l'infinitif". C'est ce que l'on appelle le "futur immédiat".

Corsu API Franšais
Aghju da manghjà una mela. [adjamŃndj'a unam'ɛla] Je vais manger une pomme.
Hà da piove ! ['adabj'owɛ] Il va pleuvoir !
Avemu da pruvà ! [ɛmabruw'a] Nous allons essayer.
Aghju da fà una suppa. [adjav'a unaz'uppa] Je vais faire une soupe.
Hai da fà a suppa. [ajav'a az'uppa] Tu vas faire la soupe.
L'hà da fà. [ladav'a] Il va le faire.
Avemu da cantà = emu da cantà . [awɛmagant'a] = [ɛmagant'a] Nous allons chanter.
Avete da (ete da) piglià un caffè. [awɛdabilj'a unkaff'ɛ] = [ɛdabilj'a] Vous allez prendre un café.
Hanu da ghjucà à pallò. [Ńnajug'a appall'o] Ils vont jouer au ballon.
Ci hà da esse una casa quì. [ʧ'ada 'essɛ unag'azagy'i] Il va y avoir une maison ici.
Ci hà da vulè. [ʧ'adawul'ɛ] Il va falloir.
Mi n'aghju da andà. [minadjand'a] Je vais m'en aller.
Aghju da sorte. [adjaz'ortɛ] Je vais sortir.

"Avè da + verbe à l'infinitif" peut traduire également la notion de charge de travail :

Franšais Corsu
J'ai à faire / de quoi faire. Aghju da fà.
Il a de quoi travailler. Hà da travaglià.

Dans une tournure interrogative, il peut se traduire par devoir. Voir Comment traduire Devoir ?

Corsu API Franšais
Cumu l'aghju da ingolle ? [k'umu l'adja ng'ollɛ] Comment dois-je l'avaler ?
O mà, ch'aghju da piglià ? ['oma k'adjabilj'a] Maman, que dois-je prendre ?

La traduction de "falloir"

Falloir : vulecci à, avè bisognu, bisugnà, tuccà, sugnà.

La traduction de 'il faut'

Corsu Franšais
1/ Ci vole à + verbe à l'infinitif
ou Ci vole chè/chì + verbe au subjonctif
Ci vole à dì ch'ellu era malatu. Il faut dire qu'il était malade.
Ci vole ch'e (ch'o) mi ne vachi. Il faut que je m'en aille.
2/ bisogna, sogna
Bisogna à dà una manu à i vechji. Il faut donner un coup de main aux vieux.
Sogna à girà a Còrsica. Il faut faire le tour de la Corse.
3/ tuccà à + verbe infinitif : (voir Tuccà)
Mi tocca à falà. Il faut que je descende.

Utilisation de vulecci à pour la traduction de 'il fallait', 'il faudra', 'il faudrait',... Voir Vulè.

Corsu Franšais
Ci vulìa à andà in Bastìa. Il fallait aller à Bastia.
Ci vulerà à manghjà qualcosa.. Il faudra manger quelquechose.
Ci vulerìa / vurrìa à chjamà à Petru. Il faudrait appeller Pierre.
Ci hè vulsutu à parte. [ʧɛbuls'udu] Il a fallu partir.
Ci hà da vulè. [ʧadawul'ɛ] Il va falloir.

Remarques sur la prononciation

Ci vole se prononce [ʧ'olɛ] ou [ʧiw'olɛ]. De même, Ci vole à se prononce [ʧ'ola] ou [ʧiw'olɛ a].
Cela fait qu'on le voit souvent écrit Ciole , ou Ci'ole .

Ci vulìa se prononce [ʧul'ia] ou [ʧiwul'ia].
Cela fait qu'on le voit souvent écrit Ciulìa , .

De même on rencontre les écritures Ciulerà et Ciulerìa.

La traduction de "on"

Corsu Franšais
1/ omu
Omu si sbaglia On se trompe
Si sbaglia omu On se trompe
S'omu cerca ... Si on cherche...
2/ 3ème pers. du pluriel
A dìcenu On le dit
3/ cas particulier
Dìcenu chì ... On dit que ...
Dice chì ... = ce chì ... On dit que ...
4/ si devant un verbe
Si colla è si fala On monte et on descend
Si còglienu l'aranci di ghjennaghju On cueille les oranges en janvier
Si vede una casa On voit une maison
Si vèdenu (e) case On voit des maisons

Les traductions de "aimer"

Corsu Franšais
1/ aimer quelque chose :
piace (plaire) : tournure idiomatique la plus courante !
Fumà mi piace. J'aime fumer.
Mi piace à manghjà. J'aime manger.
À babbu li piace à fumà a pippa. Papa aime fumer la pipe.
U pesciu mi piace = mi piace u pesciu. J'aime le poisson.
Mi piàcenu i rigali. J'aime les cadeaux.
amà (du latin amare, en italien amare)
Amà u so paese.
Aimer son village.
Sta donna ama u caffè è a lettura.
Cette femme aime le café et la lecture.

expressions

Ognunu ama u so fucone.
Chacun aime son feu (sa maison).
2/ aimer quelqu'un :
tene caru ("tenir cher") : tournure idiomatique la plus courante !
O Marì, ti tengu caru ! * Marie, je t'aime !
U tene caru u so figliolu. Elle aime son fils.
amà (du latin amare, en italien amare)
Ama i so genitori.
Il aime ses parents.
St'omu ama a so moglia.
Cet homme aime sa femme.
U mo gattu tant'amatu.
Mon chat tant aimé.
expressions
Amà senza esse amatu, hè cume beie senza avè manghjatu.
Aimer sans être aimé, c'est comme boire sans avoir mangé.
Ama chì t'ama è ch'ùn t'ama lascia.
Aime qui t'aime et qui ne t'aime pas laisse-le.

* : caru est invariable dans l'expression tene caru. Cependant, on entend en effet dans certaines régions "O Marì, ti tengu cara !".

Les traductions de "avoir mal"

Corsu Franšais
1/ avè a pena in
Aghju a pena in capu / in corpu / in gola. J'ai mal à la tête / au ventre / à la gorge.
Aghju e pene. J'ai mes douleurs.
2/ sente
Sente a pena. Ressentir une douleur.
Mi sente u capu. J'ai mal à la tête.
Li sente un pede. Il a mal à un pied.
Li sèntenu i pedi. Il a mal aux pieds.
Li sò intesi i denti. Il a eu mal aux dents.
3/ frighje ('avoir mal', mais aussi 'procurer une sensation de brûlure ou de de violente démangeaison, picoter', et aussi 'éprouver de la peine')
St'ètima, l'hè fritta a ghjamba. Cette semaine il a eu mal à sa jambe.
Mi frìghjenu l'ochji. J'ai les yeux qui piquent.
Induv'ellu frighje u dente, a lingua appoghja. (proverbe) * La langue appuie toujours là où la dent fait mal.
Mi frighje u core. J'en ai gros sur le coeur.
Ùn l'hè fritta tantu. Cela ne lui a pas fait beaucoup de peine.
Ùn li sarà fritta tantu. Cela n'a pas dû lui faire beaucoup de peine.
L'hè frittu u pede. ** Son pied lui a fait mal.
Eri, mi frighjìa u corpu.** Hier, j'avais mal au ventre.

Bien évidemment il faut proscrire l'affreux gallicisme : aghju male à u pede.
* : pour indiquer que l'on secourt les personnes aimées, que l'on s'inquiète pour elles.
** : ne s'utilise pas pour la tête.

Les traductions de "avoir faim, froid, raison ..."

Corsu Franšais
Aghju a fame. J'ai faim.
Hà a sete. Il a soif.
Avemu u fretu. Nous avons froid.
Hanu u caldu. Ils ont chaud.
Hanu u sonnu. Ils ont sommeil.
Hanu u tortu. * Ils ont tort.
Avete a ragiò / ragione. * Vous avez raison.

* : Sans doute par contamination du français, on dit aussi : hanu tortu et avete ragiò.
Cette tournure n'est pas systématique (avec tous les compléments) !

Corsu Franšais
Hai paura d'incrusciatti ? Tu as peur de te mouiller ?

Les traductions de "il fait froid,..."

Corsu Franšais
Face u fretu / freddu. Il fait froid.
Face u caldu / callu. Il fait chaud.
Hè ghjornu. Il fait jour.
Hè notte. Il fait nuit.

Les traductions de "il y a"

Corsu Franšais
1/ ci hè + sing. [ʧ'ɛ=ʧ'e] et variantes (passé, futur, ...)
Fora, ci hè a neve. Dehors il y a de la neige.
Ci era a neve = c'era a neve. Il y avait de la neige.
Dumane, ci sarà a neve. Demain, il y aura de la neige.
Hanu dettu chì ci averìa a neve. Ils ont dit qu'il y aurait de la neige.
Ci hè da perde u capu. Il y a de quoi perdre la tête (ou) s'y perdre.
Ci serà u vinu. Il y aura du vin.
2/ ci sò + plur. [ʧiz'ɔ]
Ci sò e pècure. Il y a des brebis.
Ci saranu e pècure. Il y aura des brebis.
C'èranu / c'era un fornu è un mulinu. Il y avait un four et un moulin.
3/ sujet + esse chè + complément
Trè ghjorni hè ch'ella dorme. Il y a trois jours qu'elle dort.
Trè ghjorni era ch'ella durmìa. Il y avait trois jours qu'elle dormait.
Sò trè ghjorni ch'ella dorme. Il y a (=cela fait) trois jours qu'elle dort.
4/ + complément
Hè un annu oramai. Il y a / voici un an désormais.

Ci hè est parfois écrit c'hè mais cette écriture est à proscrire. On le voit parfois écrit c'è (voir la conjugaison du verbe esse).

Les traductions de "c'est ..."

Corsu Franšais
Sò eiu chì l'aghju cumprati. C'est moi qui les ai achetés.
L'aghju cumprati eiu. C'est moi qui les ai achetés.
A ti dicu eiu ! C'est moi qui te le dis ! ("je te le dis moi !")
U femu noi. C'est nous qui le faisons.
Hè u mèdicu chì m'hà curatu. C'est le médecin qui m'a soigné (lui et pas un autre !).
Hè cusì ! Il en est ainsi = c'est comme ça !
Hè Ghjuvanni chì hè venutu. C'est Jean qui est venu.
Era Robertu chì ghjera rientratu. C'était Robert qui était rentré.
Serà u mio babbu chì serà merre. Ce sera mon père qui sera maire.
Sò eu chì sò cullatu / collatu. C'est moi qui suis monté.
Sì tù chì sì ghjuntu u primu. C'est toi qui es arrivé le premier.
L'hà fattu ellu. C'est lui qui l'a fait.
Tocca à tè à tirà u secondu. C'est à toi de tirer le deuxième.

Les traductions de "Allons"

Lorsqu'il s'agit de l'impératif normal du verbe aller :

Corsu Franšais Remarque
Andemu à a messa. Allons à la messe. Rq : En italien : andiamo.
Andèmucine di quì. Allons-nous en d'ici. Rq : En italien : andiamocene.

Voir le verbe Andà.

Quand "allons" joue le rôle d'une interjection, il est rendu en corse par le mot aiò [aj'o] :

Corsu Franšais
Aiò ! Cessate d'annuiammi. Allons ! Cessez de m'ennuyer.
Aiò ! Basta cusì ! Allons ! Ca suffit comme ça !
Aiò ! Allons-y ! Viens (venez) avec moi.
Aiò aiò ! Allons donc !
Aiòsa ! Courage !

Et aiò, bien qu'il n'existe qu'à ce temps et à cette personne et qu'on ne puisse le rattacher à un infinitif connu, est bien un verbe, substitut du verbe andà. Il est en effet utilisé dans la locution aiòccine (=aiò ci ne) [aj'oʧinɛ] concurremment avec andà (andèmucine). Il traduit dans ce cas une nuance particulière d'impatience, d'insistance, ou de primesaut dans l'impératif.

Corsu Franšais
Aiòccine nant'à u corsu. Allons-nous en sur le cours.
Aiòccine in Bunifaziu. Allons-nous en à Bonifacio.
Aiòccine ! Allons-nous en !

Rôle explétif de la préposition "à"

C'est là une différence importante avec le français.
La préposition à est utilisée en corse devant un nom de personne (ou un pronom qui représente une personne) lorsque ce dernier est complément direct. Cette construction ne s'emploie pas devant un nom de chose ou d'animal non personnifié.

Corsu Franšais Mais
Petru chjama à Pàulu. Pierre appelle Paul. Petru chjama u so cane.
Aghju vistu à Antone. J'ai vu Antoine. Aghju vistu u battellu.
- À quale hai vistu ?
- Ùn aghju vistu à nimu !
- Qui as-tu vu ?
- Je n'ai vu personne !
 
Salutu à tutti l'amichi. Je salue tous les amis. Salutu a vita.
U cunnosci à Lisandru ? Tu connais Alexandre ? U cunnosci stu gattu ?
U mèdicu hà guaritu à Marìa. Le médecin a guéri Marie.  
à Santu ! Regarde Toussaint !  
à ellu ! Regarde-le !  
Approvu à Petru ! J'approuve Pierre ! Approvu ssu pianu.
Fideghju à Marcellu. Je regarde Marcel. Fideghju a volpe.
Bastìa hà vintu à Marseglia. Bastia a battu Marseille.  

Voir La préposition à.

Tournures idiomatiques avec "di"

Certains verbes sont suivis en corse de la préposition di + un verbe à l'infinitif.

Corsu Franšais
Certains verbes + di + infinitif
Credi di fammi paura ? Tu crois me faire peur ? *
Sò vinutu di corre (= currendu). Je suis venu en courant.
Pinsemu di cullà in paese. Nous pensons monter au village.
Mi pare di cunnosce st'omu. Il me semble connaître cet homme. *
Cuntate di stà quì ? Comptez-vous rester ici ? *
Ùn pretendu di parlà cume un muntagnolu ! Je ne prétends pas parler comme un montagard.

* : on entend parfois des corsicismes tels que : "Tu crois de me faire peur ?", "Il me semble de vous connaître", "Vous comptez de rester ici ?".

Voir La préposition di.

Les traductions de "il parait ..."

Corsu Franšais
1/ còntanu chì ... (m.à.m. ils racontent que ...= on raconte que ...)
Còntanu chì Petru hè ghjuntu in paese. Il parait que Pierre est arrivé au village.
2/ dìcenu chì ... (m.à.m. ils disent que ... = on dit que ...)
Dìcenu chì e pècure sò à meza strada. Il parait que les brebis sont au milieu de la route.
- Hè ghjunta Ghjulia ? - A dìcenu. - Julie est arrivée ? - Il parait.
3/ expression
À sente dì. Parait-il.

Surtout ne pas dire pare chì qui signifie "il semble que".

Corsu Franšais
Mi pare di sente un rimore. Il me semble entendre un bruit.
Pare chì ci hè qualcosa chì hà brusgiatu. * Il semble que quelquechose a brûlé.
- Hè ghjunta Ghjulia ? - Mi pare. - Julie est arrivée ? - Il me semble (parce que j'ai vu ses valises mais pas elle !).

* Puisqu'il s'agit d'une hypothèse, on peut dire aussi : Pare ch'ellu ci sìa qualcosa ch'abbia brusgiatu.
Il ne faut pas hésiter à utiliser le subjonctif qui est très vivant en corse.

Les traductions de "au milieu de ..."

Corsu Franšais
Ci hè un aviò à mezu celu. Il y a un avion en plein ciel.
Spasseghju à meza machja. Je me pronmène au milieu du maquis.
A ghjente ragiona à mezu à a piazza. Les gens discutent au milieu de la place.
A ghjente ragiona à meza piazza. Les gens discutent au milieu de la place.
Sò cascatu à mezu à i lamaghjoni. Je suis tombé au milieu des ronciers.
Sò cascatu à mezi lamaghjoni. Je suis tombé au milieu des ronciers.

La traduction de "quelques, un peu de ..."

Il n'existe ni article partitif ni article indéfini pluriel en corse. Ainsi e paste signifie "les pâtes", mais aussi à l'occasion "des pâtes".

Corsu Franšais
À cullaziò c'èranu e paste. A déjeuner il y avait des pâtes.

L'article partitif est parfois remplacé par l'adjectif numéral cardinal "deux" qui signifie alors "quelques, un peu de ..." :

Corsu Franšais
Dammi duie paste. Donne-moi un peu de pâtes.
Fèmuci dui passi è duie chjàchjere. Faisons quelques pas ensemble en échangeant quelques propos.
Andèmuci à tirassi dui passi. Allons faire quelques pas ensemble.

Le pronom personnel faible

L'emploi du pronom personnel faible est courant en corse, y compris avec des verbes non pronominaux. Quand le sujet de l'action est "bénéficiaire" de cette action ET qu'il y a un complément d'objet direct (dans la traduction, entre parenthèses, ce que l'on entend parfois et qui est un corsicisme).

Corsu Franšais
Mi manghju una pera. Je (me) mange une poire.
Mi ne collu in paese. Je (m'en) monte au village.
U ghjattu si ghjoca cù un pallò . Le chat joue avec un ballon.
Ti voli beie qualcosa ? Tu veux (te) boire quelquechose ?

Mais on ne dira pas "mi manghju" pour "je mange" ou "mi manghju à meziornu" pour "je mange à midi" car là il y n'a pas de complément d'objet direct. Dans ces cas, on dit tout simplement "manghju" et "manghju à meziornu".

On peut dire aussi très justement, mais ça "sonne" moins corse :

Corsu
Manghju una pera.
Collu in paese.
U ghjattu ghjoca cù un pallò .
Voli beie qualcosa ?

Voir Les pronoms personnels.

Le neutre

Le neutre est rendu en corse par le féminin. Cela résulte d'un choix arbitraire ! En français, c'est le masculin qui est utilisé.

Corsu API Franšais
Quessa si sà ! [kw'ɛssaziz'a] Cela, on le sait !
Hè capita ! [ɛkkab'ida=ekkab'ida] C'est compris !
Hè ghjusta ! [ɛdj'usta=edj'usta] C'est juste !
Hè detta ! [ɛdd'ɛta=edd'ɛta] C'est dit !
Hè intesa ! [ɛ-nt'ɛza=e-nt'ɛza] C'est entendu !
Qual'hè chì a sà ? [kw'alɛkkiaz'a=kw'alekkiaz'a] Qui (est-ce qui) le sait ?
- Induve sarà andatu ? - Ùn la sò !   - Où peut-il bien être allé ? - Je ne le sais pas !
Ghjunghje ùn la sà cumu / quandu.   Il arrive il ne sait comment / quand.
Aiò, quessa po ùn hè vera. [kw'ɛssabo unɛbb'ɛra] Alors ça, ce n'est pas vrai.
Ci vole à falla ! [ʧ'olaff'alla] Il faut le faire !
Ci vole à vèdela per crèdela.  

Il faut le voir pour le croire.

Comme dirait dans , "Quessa, pigliàtela cum'ella hè !".

Les adjectifs composés

Le corse utilise une tournure particulière et originale, souvent utilisée pour qualifier une particularité physique. A ce sujet, voir Les adjectifs qualificatifs.

Corsu Franšais
U mo fratellu hè ochjiverde. Mon frère a les yeux verts.
Ma a mo surella hè ochjiturchina. Mais ma soeur a les yeux bleus.
Mi piàcenu e giuvanotte capellinere. J'aime les filles aux cheveux noirs.
Un cane codimozzu hè vinutu.. Un chien à la queue coupée est venu.

La place du sujet dans la phrase

Le corse met souvent le sujet après le verbe dans une phrase affirmative. C'est un moyen d'insister sur l'action. Ce n'est pas obligatoire, mais ça "sonne" bien corse .... ça dégage un parfum ... très typique !

Corsu Franšais
Canta u mo fratellu. Mon frère chante.
Ghjunghje Santu. Toussaint arrive.
Càntanu e rundinelle. Les hirondelles chantent.

A contrario, le corse met souvent le sujet avant le verbe dans une phrase interrogative ...

Corsu Franšais
U mo fratellu, l'hai scontru ? Tu as rencontré mon frère ?
A vostra casa, l'avete vinduta ? Vous avez vendu votre maison ?
= Et votre maison ? Vous l'avez vendue ?

Sans compter le redoublement fréquent du sujet via un pronom personnel.

Corsu Franšais
À mè, mi piàcenu e chjarasge. J'aime les cerises = Moi, j'aime les cerises.

La répétition du sujet ou/et du verbe

Le corse répète souvent le sujet ou le verbe (ou les deux) à la fin d'une phrase. Ce n'est pas obligatoire, mais ça "sonne" bien corse .... C'est le "isn't it" des anglais.

Corsu Franšais
Tù sì scemu, sì ! Toi tu es fou !
Ellu hè partutu, hè. Il est parti.
Hè malatu, hè. Il est malade.
L'aghju datu un pezzu di pane, l'aghju. Je lui ai donné un morceau de pain, n'est-ce pas.

Dans une phrase négative le verbe est répété sans la tournure négative.

Corsu Franšais
Ùn l'aghju micca vistu, l'aghju. Je ne l'ai pas vu, voyez-vous.
Ssi scarpi ùn mi vanu, mi vanu. Ces souliers ne me vont pas, n'est-ce pas !

Les vieux Corses disent souvent : "il est malade, il est", "Toi, tu es fou, tu es !".
Traduite mot à mot, cette tournure peut engendrer des malentendus !

Tournures idiomatiques avec Vene

Le verbe vene est très utilisé dans des tournures sans rapport direct avec le français.

Franšais Corsu
Il a failli mourir. Hè vinutu à more.
- Quel lien de parenté as-tu avec celui-là ? *
- Aucun.
- Chì ti vene quessu ?
- Ùn mi vene nunda.
C'est mon cousin. Mi vene cuginu (= hè u mio cuginu).
Nous sommes cousins issus de germain. (avec ma cousine) Mi vene cugina di terzu.
Il s'est évanoui. S'hè svenutu = s'hè venutu menu = si n'hè venutu menu.

* : on entend parfois des corsicismes tels que : "il te vient quoi lui ?", "Il me vient rien".

Voir La conjugaison du verbe vene, Exemples de phrase avec vene.

Le suffixe euphonique Ne

Il existe en corse un suffixe euphonique ne qui sert, dans le parler courant, à adoucir les finales des mots dont l'accent tonique se trouve sur la dernière syllabe. Parlane pour parlà, cantane pour cantà.
écrit dans :

" Ce suffixe est souvent utilisé, avec quelque abus, pour assurer à bon compte certaines rimes ou assonances en poésie, ce qui est excusable dans les improvisations parlées ou chantées, mais non écrites.
Sò vinutu stamane
È ti vogliu cantane

On peut considérer l'emploi de ce suffixe dans la conversation comme une tendance légèrement patoisante, et ne pas l'écrire sauf, bien entendu, s'il s'agit de reproduire volontairement un certain style parlé".

écrit dans :

"Dans la poésie populaire, sert à la fin d'un vers pour compléter le mètre."

Ùn ci vogliu più passane
Da sottu à lu to purtellu

Ne pas confondre Parlane et Parlanne (= Parlà ne : en parler).

Pour ce qui est de ...

Procédé utilisé pour résumer le propos d'un interlocuteur qui veut insister sur un événement remarquable.

Corsu Franšais
Tumballu, u tumberaghju. Pour ce qui est de le tuer, je le tuerai
(pas d'inquiétude, pas de risque que je le loupe, je le garantis).
Manghjà, ellu manghja. Pour ce qui est de manger, il mange (il dévore).
Piove, hè piossu. Il a plu, ça on peut le dire.
Cantà, càntanu Cruzinesi. Pour ce qui est de chanter, les Cruzinesi excellent.
Caccià, u cacciarè (caccerai) tù. Quant à le faire sortir, c'est toi qui vas essayer maintenant
(et tu verras que c'est impossible).
Risu po emu risu u ghjornu. Pour ce qui est de rire, nous avons bien ri ce jour-là.

Voir aussi l'emploi de la forme adjective.

L'impératif précédé de "è" ...

Tournure utilisée qui remplace "à + verbe à l'infinitif" après un verbe de mouvement, avec souvent un sens plus injonctif.

Corsu Franšais
Veni è ghjoca cù mè. Viens jouer avec moi.
(injonction plus grande que dans : Veni à ghjucà cù mè).
Vai è piglia ssu stagnone ! Va prendre ce seau !
Vai è cerca ! Va savoir !

Les corsicismes

Corsu Franšais
L'hà cun voi. Il vous en veut (il en a après vous).
A si gode. Il se donne du bon temps.
Hè scapatu in furia. Il est parti (s'est enfui) en hâte.
A s'hà beta senz'altru. Il l'a avalée (la réplique) sans mot dire.
L'avete corsa brutta. Vous l'avez échappée belle.
Ùn fate capitale sopra ellu. Ne comptez pas sur lui.
Taglièmula à l'accorta. Soyons (soyez) bref.
C'era un mondu di ghjente. 1 Il y avait foule.
Chì vi ne preme ? De quoi vous mêlez-vous ?
A ci saparemu dî. Nous en reparlerons.
Li rode e coste. Il vit à ses crochets (m.à m.= il lui ronge les côtes).
Cumu a vi passate ? Comment vous portez-vous ?
S'hè pigliatu una palla in pettu, una cultillata. Il a reçu une balle dans la poitrine, un coup de couteau ...
Cun quale ne hà ? A qui en a-t-il ?
Stàssine à denti stretti. Ne souffler mot (rester sans desserrer les dents).
Parlà à quattr'ochji. Avoir un tête à tête.
Fà u musu. Faire la tête.
Ùn lu mi possu caccià d'adossu, mi dà fastidiu. Je ne puis m'en débarrasser, il m'ennuie.
Ùn vi scumudate per me. Ne vous dérangez pas pour moi.
Mi maravigliu che vo' ... Je suis étonné que vous ...
Vi sbagliate assai. Vous vous trompez fort.
'gnor sì ! 'gnor sì ! Mais oui ! Mais oui ! (archaïque).
Hè accaduta ultimamente. C'est arrivé dernièrement.
Induve state ? Où habitez-vous ?
State sempre bè ?. Etes-vous toujours en bonne santé ?
Ùn vi scumudate per me. Ne vous dérangez pas pour moi.
Sìa cum'ella sìa ... Quoi qu'il en soit ...
I quanti n'avemu ? = Quantu n'avemu ? Quel jour du mois sommes-nous ?
M'hà siccatu per un'ora. II m'a ennuyé pendant une heure.
Hè abbastanza affacendatu. Il y a assez d'occupations.
U me' rifiutu l'hà siccatu. Mon refus l'a stupéfait.
Hè statu seccu. Il est resté sidéré ( sans voix, sans réaction…).
Hè un pezzu chè vi cunnoscu. Il y a longtemps que je vous connais.
Fàteli capì ch'ellu m'assecca. Faites-lui comprendre qu'il m'ennuie.
Andate più ad asgiu. Marchez plus lentement.
Hè bellu pocu astutu. Il est sans aucune finesse.
Ùn vi muvite da quì. Ne bougez pas d'ici.
Turnaremu sùbitu. Nous reviendrons tout de suite.
S'hè incalfatu u cappellu. Il a enfoncé son chapeau (sur la tête).
Vultàtevine sùbitu. Retournez-vous en tout de suite.
Vultàteli e spalle. Tournez-lui le dos.
U sùvaru / sùaru stà à gallu. Le liège flotte.
Turnaremu sùbitu. Nous reviendrons tout de suite.
S'hè incalfatu u cappellu. Il a enfoncé son chapeau (sur la tête).
E cose di casa sò da donne. Les affaires de ménage regardent les femmes.
U ben di me' zìu. Feu mon oncle.
Hè allistita ssa cena ? Le dîner est-il prêt ?
Site sempre in furia. Vous êtes toujours pressé.
Face arrechje di marcante. Il fait la sourde oreille.
Mi stumàcheghjenu. 2 Ils me dégoûtent.
Hè stumacatu. Il est dégoûté, écoeuré, outré.
Hè stumacutu. Il a du cran (de l’audace).
Face in nice d'ùn sente. Il fait semblant de ne pas entendre.
Ci ne fussi assai pari à tè ! Il faudrait beaucoup de gens comme toi !
Chì bella tuvaglia ! Quelle belle nappe !
Chì brutta nappa ! Quel vilain nez ! (familier : grand nez, « pif » nappa en ital.).
Dà fastidiu à tutti. Il ennuie tout le monde.
Hè bruttu da veru. II est sale pour de bon.
Menu male chè vo' ghjunghjìate ! Vous voilà enfin arrivé !
Sta tàvula hè assai pisante. 3 Cette table est très lourde.
Ùn stemu micca quì à mundà nèspule. Ne restons pas ici à éplucher les nèfles (à perdre notre temps).
Piglià à panculate. 4 Recevoir à coups de pierre.
Site cusì stancu ? Etes-vous si las ?
Mandà sempre da oghje à dumane. Renvoyer sans cesse du jour au lendemain.
Hè à caccia in la so' tinuta. Il chasse dans ses terres.
Cavalca piuttostu male. Il se tient plutôt mal à cheval.
Stai frescu ! Sì acconciu pe' e feste. Tu es arrangé ! Tu es accommodé de toutes pièces.
Una scàtula di fulminanti. Une boite d'allumettes.
Fàtelu stà à segnu. Maintenez-le dans le droit chemin.
Mandàtelu à chjamà. Envoyez quelqu'un le chercher.
Si dà di rumenu. Il se remue (en démarches).
Chì bellu pezzu di donna ! Quelle belle femme! (quel beau brin de femme !).
A bon' ànima di me' sòceru mi hà (m'hà) lasciatu quattru soldi/solli. Mon regretté beau-père m'a légué un peu d'argent.
Hè una bella donna. C'est une jolie femme.
Ùn c'entru per nulla. Cela ne me concerne pas.
Chì mistiere fate ? Quel est votre métier ?
Ci starete un pezzu à u paese ? Restez-vous longtemps au village ?
Per un pezzu… Pour un bon moment…
Duvìa cascà propriu in capu à mè ! C'est justement sur moi que ça tombe ! (que ça devait tomber !)
Trema da u freddu / fretu. Il tremble de froid.
Hà invidia di tuttu. Il est envieux de tout.
Un omu attimpatu. Un homme d'un certain âge.
Aghju a voglia di (+verbe ex : rende)... J'ai envie de (vomir) ...
Aghju una brama d'uva. J'ai envie de raisin.
Bramate altru ? Désirez-vous autre chose ?
Cacciàssine a brama. S’enlever l’envie de qqch, se rassasier (après une longue privation).
Metti u marchjone, sta sera. Mets le verrou, ce soir.
Hè a calamita di e disgrazie. Il attire le malheur (l'aimant ...).
S'hè ficcatu un prunu ind'un calcagnu. Il s'est enfoncé un piquant dans un talon.
Chì sventura ! (calamità) 5 Quelle calamité !
Cacciàssine a brama. S’enlever l’envie de qqch, se rassasier (après une longue privation).
Face un caldu chì affanna. Il fait une chaleur étouffante.
Assai intìngulu, ma pocu carne. Davantage de fumée que de rôti.
Più fume chè arrostu. Il s'est enfoncé un piquant dans un talon.
Mi rinscresce à dìllavi. Il me déplaît (ou : je regrette) de vous le dire.
Nanzaderi hè ghjunta me' nora. 6 Avant-hier est arrivée ma bru.
Nanzu ad annu = nanzadannu. Il y a deux ans.
Nanzu sera / nanzu ghjornu. Avant le soir / avant le jour.
Da nanzu. devant, par devant.
U cignale m’hè venutu da nanzu. le sanglier m’est arrivé par devant.
Sò tutt'è dui me' paisani. 7 Ils sont tous les deux de mon village.

1 : à rapprocher de l’expression provençale : un « moulon » de gens.
2 : le verbe stumacà = dégoûter est eghjincu.
3 : on dit plutôt u tavulinu.
4 : a pàncula = grande pierre plate.
5 : mieux que calamità : casticu.
6 : nanzu à eri = nanzaderi : avant-hier.
7 : utilisation de la particule euphonique.

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